Née en 1990

Vit et travaille à montpellier

Sogni d’oro – Songes d’or, Double V Gallery Marseille

Melissa Sinapan cisèle sa peinture. Elle livre une marqueterie de couleurs, à la sophistication abyssale, s’épanouissant en surfaces. Ses pavements éveillent la grandeur d’intérieurs solennels dont le décor fait le prestige. Le Tombeau de Sainte-Claire d’Assise, la Galerie Borghèse de Rome, l’Académie de Venise ou la Salle des cartes du Vatican font ainsi partie de ces destinations mythiques où elle pèlerine. Car l’artiste marche, et s’accorde ce rythme intempestif d’un mouvement propre, à l’image de la technique de l’huile dont on ne peut brusquer le séchage.

Il ne s’agit pas de lenteur, mais de justesse. Melissa Sinapan revient d’ailleurs d’un Voyage en Italie. Considérée durant des siècles comme l’étape ultime d’une formation artistique, cette initiation la nourrit à son tour de motifs, la pare d’une banque de données de marbres fins, de marbres feints. Elle a visité toutes les églises, foulé tous les carrelages, et ramène trois cents photos de feuilles d’acanthe. Au final dans ses compositions, l’influence de cette expérience du Sud est pondérée par la flagrance des joies Arts & Crafts, piochant autant dans les frondaisons classiques que dans les floraisons de tradition anglaise. De quoi échapper aux dogmatismes, à tout aplatir en un même déluge décoratif.

Melissa Sinapan manifeste un attrait pour ce qui tourne, ce goût ancré dans la discipline de l’arabesque. Ses lignes contribuent à un vortex goulu, que les effets du mille-fleurs ne rassasient pas. Alors elle continue à remplir. Il y a dix ans, elle se familiarisait avec le design de mode à Lyon, puis poursuivit son cursus à l’École Supérieure d’Art et de Design de Saint-Étienne, d’où elle sort diplômée en 2018. C’est ensuite une série de résidences à Moly-Sabata en 2019 sur une rive du Rhône, puis à Triangle France en 2021 sur une côte de la Méditerranée, qui ont conforté ses superficies fluides. Durant son apprentissage, elle débuta par des portraits, des chats, puis c’est un incident technique qui a propulsé sa production alors que son projecteur la lâchait, l’empêchant de reproduire des figures. Depuis, elle ne peint plus que des fonds. Sans autre prétexte.

L’artiste confie également avoir la chance de ne pas être bonne en dessin, et ne s’inflige pas des semblants de perspective. Elle a le talent de ne toujours pas savoir tracer une ligne droite, et la compétence d’une très mauvaise perception de l’espace. Ainsi ses conques, arches et niches ne prétendent jamais à autre chose qu’à ornementer par le plat. Ses ouvrages chérissent la planéité, deux dimensions n’empêchant pas les tempêtes. Mais c’est par l’apaisement que Melissa Sinapan choisit de nous inviter à son actualité. En invoquant l’expression italienne pour dire bonne nuit, elle engage à faire de beaux rêves. À fermer les yeux, on les ouvre autrement.

Joël Riff, commissaire d’exposition

Moly-Sabata / Fondation Albert Gleizes

FORMATION


2018 DNSEP Ecole supérieure d’art et de design de Saint-Etienne
2016 DNAP Ecole supérieure d’art et de design de Saint-Etienne
2013 BTS design de mode Ecoles de Condé Lyon


PRIX ET RÉSIDENCE

EXPOSITION PERSONNELLE


2021 Sogni d’oro – Songes d’or, Double V Gallery, Marseille
2019 À la peinture et aux fleurs, la Serre, Saint Etienne


EXPOSITIONS COLLECTIVES


2021 Empire et Royaume, avec Moly-Sabata, Art-o-Rama, Marseille
2019 Starting Blocks, Exposition des diplômés 2018, Bâtiment H243, Saint Etienne
2018 Ceci n’est qu’un combat, continuons le début, Galerie Ceysson & Bénétière, Saint Etienne